La suite du voyage s’annonce un peu plus « speed » jusqu’à Istanbul pour rattraper le retard. J’ai la joie de recevoir Andrea qui m’accompagnera pour la suite du voyage. Je dois dire
que c’est un certain soulagement d’être désormais à 2, en particulier pour les pays qui suivent !
En 10 jours : 6 frontières, sauvetage de 3 tortues, un faon, et une belette sur la route.
Monténégro : dans les petites routes
de campagne, le temps semble ne pas avoir bougé depuis l’époque communiste ; La nature est bien préservée : finalement la taxe écologique que l’on paye à l’entrée est peut-être utilisée
à bon escient ! On sent une profonde volonté de faire partie de la communauté européenne dans le pays, les routes sont en pleine rénovation partout, et l’euro est dors et déjà utilisé dans
ce tout jeune pays.
On fait escale au port de Tivat, sur le voilier de L’Amarazi , où l’équipe technique de la compagnie de théâtre (http://www.caravanstage.org/) nous
accueille à bras ouvert. J’ai même droit à un gâteau surprise préparé par les chefs-cuisto pour mon anniversaire !
Belle émulation créative à bord, chacun sa tache : Un allemand est affairé à la sono, une anglaise à la lumière, un français à la construction de la scène, et une danseuse canadienne fait
ses étirements. Que du beau monde !
Nous continuons vers le Sud, mais comme partout, la côte est trop construite ; nous faisons le détour par le lac de Jezero, un cadre naturel magnifique.
Albanie. Nous ne faisons que traverser. La route principale du Nord est misérable. Pas même un tunnel, nous mettons 6 heures pour faire les 250 km à travers les petites
montagnes, et éviter les nids de poules. Dès les premiers kilomètres nous sommes surpris par la grande pauvreté apparente de la population. Des enfants s’agglutine aux fenêtres pour demander la
pièce ; le changement est brutal après le Monténégro, si propret et si européen
.
Kosovo. Nous réussissons à négocier une ristourne sur l’assurance obligatoire, exorbitante pour le peu de temps qu’on y passera. Mais le jeu en vaut la chandelle, le pays le plus
jeune du monde vaut le détour. C’est toujours étrange de découvrir un pays que l’on ne connaît que par la guerre : dans la ville de Prizren, l’atmosphère de l’après-midi donne l’impression
d’une fête nationale ; et pourtant, nous sommes en pleine semaine, et non, nous dit-on, rien de particulier aujourd’hui : les enfants mangent des barabapapa, les ados font des photos de
groupes avec leur Ipod, les jeunes filles mangent des glaces en petit débardeur et les terrasses sont bondées.
Contrairement à mon impression de la Bosnie, on ne sent dans cette région aucune trace de la guerre. Nous décidons que le pays mérite qu’on s’y attarde un peu. Dans la petite ville de Dragash,
nous rencontrons « Tony » de son surnom américain. Avec un anglais impeccable, il nous explique que sa famille, réfugiée politique en Allemagne, fut une des premières à rentrer au
Kosovo « les services d’immigration nous ont pris pour des fous, mais nous avions tous au Kosovo, un terrain, une maison…pourquoi on resterait en Allemagne, j’aime mon pays ! » Il
nous emmène dans son village, et nous buvons le thé dans la grande salle à manger, typique des maisons kosovardes : une longue banquette longe les murs de la grande salle, conçue pour
accueillir toute la famille dans les grandes occasions.
Le grand-père vient nous saluer, « il perd un peu
la tête » nous dit Tony. Sa mère, qui adore faire des blagues, fait croire au vieux qu’Andrea est un américain. Le vieux, ravi, poussent des exclamations enthousiastes entre ses gencives
sans dents. Il mime un avion américain « dehors les serbes ! » cri-t-il en riant et en applaudissant. Pour Tony, la guerre est finie, et il n’y a plus de rancœur à avoir contre les
Serbes « même si on beaucoup souffert ». Sa femme apporte son travail de brodeuse. La coutume veut que chaque femme, avant son mariage, brode des napperons qui feront l’honneur de la
famille pendant les réceptions. Elle expose fièrement les fines pièces unes à unes. « Elle est très douée ! dit Tony, mais aujourd’hui de moins en moins de femmes continuent de
pratiquer cette coutume. Le bébé est allongé dans un landau traditionnel, et une bande brodée le retient. Nous rendons visite à la famille, pour voir les broderies de la jeune mariée. Le café est
obligatoire pour les invités. L’accueil est chaleureux, et nous regrettons de ne pas avoir plus de temps à partage avec la sympathique famille.

Macédoine : nous traversons le pays en quelques heures. Ignorante j’étais, ignorante je resterais de ce pays. Le temps manque, c’est un peu frustrant.
Bulgarie ; et retour en
Europe par la même occasion. J’ai l’étrange impression de rentrer à la maison. Les villes ne nous font pas la meilleure impression qui soit ; On ne peut pas dire que les Bulgares soient très
polyglottes, la communication n’est pas des plus facile.
Nous décidons de passer par les montagnes, histoire de voir un peu plus « d’authentique ». Des vieux vendent du miel, des conserves de champignons et des confitures maisons qui ont
l’air délicieuses le long de la route. Plus haut en Altitude, les paysages sont animés par les nombreux gros hôtels des stations de ski bon marché. Nous parvenons au village de Shiroka Laka, où
l’on nous avait promis de voir de vielles tisseuses… Nous comprenons très vite qu’on nous a envoyé dans un endroit pour touristes. La dame qui s’occupe de l’office du tourisme (mais qui fait
aussi caissière pour une copine et s’occupe de louer les appartements) est sans doute la seule femme qui sache réellement utiliser le métier à tisser dans le village. Elle porte un T-shirt avec
une photo du village imprimée et en grosses lettre « Tourist office of Shiroka Laka » « Presque plus personne ne l’utilise vraiment, il y a encore des vieilles Baba qui le font en
hiver, mais je ne vois pas vers qui je pourrais vous envoyer »…
J’ai parfois l’impressions que ma quête est un peu sans espoir : qui a encore envie d’utiliser les vielles techniques qui nécessitent de longues heures de travail, quand on peu trouver des
produits chinois bas de gamme pour presque rien !

Mais on note d’espoir vient me réchauffer le cœur :Un jeune couple bulgare, venu
passer le week-end dans les montagnes, est venu pour acheter un ancien métier à tisser. Ils veulent en faire cadeau à une amie s’intéresse beaucoup à cette technique. « Je ne sais pas bien
où elle va trouver la place dans son appartement à Skopje », rit le jeune homme. Au moins il y a encore des gens qui s’intéressent aux techniques anciennes !
La femme de l’office du tourisme, avec l’aide de son marri, s’occupent d’assembler les pièces de l’objet pour montrer au jeune couple comment monter le métier à tisser. Certaines de pièces ont
150 ans d’âge explique-t-elle. Elle pointe le doit sur un petit os : « attention, à ne pas perdre, c’est une pièce importante ! »explique-t-elle en mimant le geste à
effectuer.
Au cours d’un « opération de sauvetage » d’un faon trouvé sur la
route, nous rencontrons Nikos, un vieux guide touristique à la retraite. Nous sommes contents de rencontrer enfin quelqu’un qui parle correctement anglais…
Nikos semble s’enorgueillir de pouvoir faire le guide. Il nous parle longuement de l’origine de l’alphabet cyrillique, des successions d’empire et de l’origine du hochement de tête inversé pour
le « oui-non » bulgare…
Le lendemain, il nous emmène rencontrer son ami , Vassilev, facteur de cornemuse Bulgare. Vassilev est aussi professeur dans la célèbre école de musique de
Shiroka Laka. 
Dans son petit atelier, au sous-sol de la maison, ça sent fort la chèvre ; des peaux sont pendus pour le séchage ; Nikos me traduit, le
bois utilisé pour les pipes sont en cerisier. Je comprends vaguement qu’il explique à son ami comment il faut s’y prendre pour être dans le coup avec les touristes, avoir une carte de visite,
etc… Il me dit que pour cette fois je n’ai pas besoin de payer pour voir l’artisan travailler, puisque je vais lui faire de la publicité. Je tente de lui
expliquer que mon approche est différente, il ne s’agit pas d’argent mais d’un échange humain avant tout, et de l’intérêt de partager sa passion. Mais j’ai l’impression que trop d’années passées
dans l’industrie du tourisme aveugle l’homme, et mes mots lui échappent. L’obsession de l’argent dans les endroits touristiques me rend un peu amère. Nous décidons qu’il vaut mieux mettre la
priorité sur la Turquie, et prenons le chemin vers la Grèce, au plus court vers Istanbul.